
On a d'abord cru débarquer au beau milieu d'une intense séance de jeu en réseau pour ados prépubères en quête d'un statut de héros. Sauf que la quinzaine de participants qui s'agite là, les yeux focalisés sur les écrans, n'a rien de geeks en mal de sensation. Ce sont des officiers des pompiers des Bouches-du-Rhône en train de lutter -manettes à la main, casques sur les oreilles pour certains et visages fermés par la concentration- contre un feu virtuel qui galope, à plus d'un kilomètre par heure, sur la commune de St-Etienne-du-Grès.
Le lieutenant-colonel Vincent Honoré, patron des pompiers aixois et commandant des opérations durant la première heure de l'exercice, déboule dans l'un des préfabriqués de l'école départementale des pompiers, à Velaux. Il balance des consignes claires par radio. Le ton est aussi sec que la végétation qui flambe sur les écrans; pas de doute cette simulation est prise au sérieux par les officiers qui réalisent durant cette journée une auto-évaluation primordiale. La tension est même lisible sur son visage quand un officier, en poste sur le flanc droit du sinistre, annonce que l'incendie a sauté une route.
Le colonel pose les yeux sur sa carte, rectifie au feutre rouge le contour des zones déjà brûlées: "Oh putain... qu'est ce qu'il va vite ce feu!" Environ 1200 mètres par heure, avec un vent de 60 km/h, des rafales à 90, et des zones peu accessibles dans un massif très dense pour les 700 sapeurs engagés. Le scénario, sorti droit de l'esprit du lieutenant-colonel Jean-Pierre Squillari, chef du groupement "feux de forêts" au service départemental d'incendie et de secours, n'est pas aisé. Et les conditions s'approchent au plus près de la réalité.
"C'est vraiment les mêmes sensations qu'un Canadair, on est obligé de jouer sur la motorisation et tout et tout..." explique l'adjudant-chef Spagnolo, qui navigue à 1000 mètres d'altitude et qui dans quelques minutes se présentera au dessus des flammes virtuelles pour effectuer un largage. "Le but c'est de travailler sur l'autonomie de l'avion, sur les temps de largage, de remplissage." Dans le préfabriqué d'à côté, le lieutenant-colonel Honoré monte dans l'hélicoptère de commandement, piloté par le capitaine Joseph: "Oh, oh! Tu veux nous faire vomir?!" plaisante, à moitié, le colonel.
Des conditions quasi réelles, on vous dit! "Même niveau chaleur (la climatisation dans ce préfabriqué connaissait quelques ratés, ndlr), on est dans une situation réelle, presque pire !", souffle un pompier... Après un peu plus d'une heure de lutte, et près de 250 hectares partis en fumée (plus de 1000hectares auront été brûlés en fin de simulation et deux personnes tuées, ndlr), le lieutenant-colonel Honoré passe le relais (procédure classique quand un sinistre prend de telles proportions) au colonel Jorda, patron des pompiers des Bouches-du-Rhône. Une demi-heure plus tard, ce dernier se plie même au jeu de la conférence de presse éclair : "Nous faisons évacuer tous les touristes des Baux-de-Provence puisque le village pourrait être menacé..."
Source : www.laprovence.com
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